La maison Tellier

de Guy de Maupassant
mise en scène d'Yvon CHAIX
avec Emmanuèle Amiell, Manon Buisson, Pierre-David Cavaz, Marie-Françoise Drivas, Gilles Marais, Hélène Né,
Elena Pastore, Anne Perraud, Chloé Schmutz et Franck Lincio à l'accordéon.

La Maison Tellier : une histoire de plaisir
Celui qu'on prend, celui qu'on donne, celui qu'on paie, celui qu'on vole. Celui qui s'invente dans la misère de vies perdues. Celui gratuit de redevenir joueur. Joueur avec les mots, avec les formes. Avec le temps.
Redevenir enfant. Irrévérencieux.
Laisser aller le rêve. Plonger dans "l'hénaurme".
Cueillir l'extrême fragilité d'une émotion perdue.
Raconter cette histoire avec la puissance du rameur, l'excitation de "l"homme à femmes", la douce naïveté d'un peintre du dimanche...Yvon Chaix - avril 93
Un soir de mai, les habitués de l'accueillante Maison Tellier trouvent la porte close et un avis qui ne laisse pas de les étonner : "fermé pour cause de première communion".
Madame et ses cinq pensionnaires ont en effet quitté Fécamp pour la campagne, où elles retrouvent, le temps d'une fête, une étrange innocence.
La Maison Tellier est une furieuse négation du "bon goût", ou plutôt des conventions bourgeoises.
Quelques années plus tôt, l'auteur de cette nouvelle eût été sans doute poursuivi en justice.
Mais la République de 1880 est devenue tolérante. "L'ordre moral", cher à Mac-Mahon est enterré.
Le public a soif de nouveautés crues, de documents vécus, de plongées dans les milieux où une honnête femme ne s'aventurerait pas. Les lupanars sont à la mode. Les dames de la meilleure société se ruent au café-concert pour écouter des couplets grivois. Des danseuses de cancan lèvent la jambe et agitent leurs dessous froufroutants face à des messieurs congestionnés et hilares. La Maison Tellier tombe à pic.
Avec elle, Maupassant consolide sa réputation d'écrivain d'avant-garde. (...)
Les lecteurs se précipitent sur le livre qu'il faut réimprimer en hâte. Les éditions se suivent à un rythme accéléré.
En revanche, la critique, comme toujours est partagée entre l'éloge et le dénigrement.
Léon Chaperon, dans L'Evénement, traite La Maison Tellier "d'ordure" et de "répugnant bouquin".
Mais Zola dans le Figaro, clame son enthousiasme. Henri Troyat (1988) dans Maupassant
Maupassant et le théâtre
"Je crois que Maupassant, s'il eût vécu, aurait pris un jour possession du théâtre, car le dialogue chez lui est très scénique, et sa langue est une langue de théâtre, très ferme, très robuste, et qui passe par dessus la rampe."
(Francisque Sarcey 1893 journaliste au "Temps")
Amateur et auteur-acteur de pochardes dignes d'étudiants, Maupassant s'amuse avec le théâtre. Une photo prise le 20 septembre 1877 le montre, assisté de Robert Pinchon et de Louise de Miramont, interprétant une saynète devant quelques intimes.
Une farce où des pompiers d'opérette arrosent au final des spectateurs.
De ce jeu complice avec le public naîtra notre Maison Tellier.
La première adaptation au théâtre de La Maison Tellier date de 1933 au Théâtre de l'Ambigu. Au cinéma Max Ophüls met en scène Le Plaisir d'après Le Masque, La Maison Tellier et le Modèle en 1952 avec entre autres Madeleine Renaud, Danièle darrieux, Paulette Dubost, Jean Gabin, Pierre Brasseur.
A plusieurs reprises, Maupassant a déclaré que pour lui "le théâtre n'était qu'une entreprise commerciale".
C'est peut-être avec cette utopie de donner la prédominance au poète sous le marchand, que nous avons voulu encore une fois cet été visiter villes et villages de notre région, pour porter le théâtre hors les murs pour un public nouveau et parfois étranger à notre art. Yvon Chaix
Du plaisir aux caresses...
(...) laissons les moralistes nous prêcher la pudeur, et les médecins la prudence : laissons les poètes, ces trompeurs toujours trompés eux-mêmes, chanter l'union chastes des âmes et le bonheur immatériel ; laissons les femmes laides à leurs devoirs et les hommes raisonnables à leurs besognes inutiles ; laissons les doctrinaires à leurs doctrines, les prêtres à leurs commandements, et nous, aimons tout la caresse qui grise, affole, énerve, épuise, ranime, est plus douce que les parfums, plus légère que la brise, plus aiguë que les blessures, rapide et dévorante qui fait prier, qui fait commettre tous les crimes et tous les actes de courage !
Aimons-là, non pas tranquille, normale, légale ; mais violente, furieuse, immodérée ! Recherchons-la comme on recherche l'or et le diamant, car vaut plus, étant inestimable et passagère ! Poursuivons-la sans cesse, mourons pour elle et par elle.
Et si vous voulez, Madame, que je vous dise une vérité que vous ne trouverez, je crois, en aucun livre, les seules femmes heureuses sur cette terre sont celles à qui nulle caresse ne manque. Elles vivent, celles-là, sans souci, sans pensées torturantes, sans autre désir que celui du baiser prochain qui sera délicieux et apaisant comme le dernier baiser.
Les autres, celles pour qui les caresses sont mesurées, ou incomplètes, ou rares, vivent harcelées par mille inquiétudes misérables, par des désirs d'argent ou de vanité, par tous les événements qui deviennent des chagrins.
Mais les femmes caressées à satiété n'ont besoin de rien, ne désirent rien, ne regrettent rien. Elles rêvent tranquilles et souriantes, effleurées à peine par ce qui serait pour les autres d'irréparables catastrophes, car la caresse remplace tout, guérit de tout, console de tout ! (...). Guy de Maupassant, in les Caresses

Entre caresses et fous rires
(...) La Maison Tellier est une oeuvre de plaisir, sanguine, charnelle. L'adaptation d'Yvon Chaix, qui a déjà présenté ce spectacle en tournée d'été, privilégie la grivoiserie, dans une comédie musicale extrêmement divertissante qui emporte le spectateur au rythme des opérettes d'Offenbach et des chansons d'Yvette Guilbert. (...) Yvon Chaix s'est attaché aussi à dessiner les silhouettes et à cerner leurs psychologie : il y a la maladroite, le bécasse, la tendre, l'ancienne, la costaude qui en a vu d'autres. Les actrices chantent, dansent, incarnent avec une énergie contagieuse cette galerie de portraits (...).
Pierre Moulinier - Le Monde, le 19 novembre 1993
Un plaisir très coquin
Il y a des auteurs que l'on croît connaître tant il nous sont familier. Guy de Maupassant en fait partie ! Seulement, quand on se penche sur leurs écrits, on découvre, on apprend, on reste étonné de tant de richesse. Yvon Chaix qui a signé la mise en scène de cette stupéfiante Maison Tellier nous entraîne dans le sillage d'un style dru, riche et original. Il fait plus que cela encore, il nous offre un spectacle qui batifole hors des voies du théâtre, côté cabaret, musique et danse (...).'M. B. Midi Libre
6 novembre 1993''
Un cabaret dans une maison close
(...) Au fil des adaptations, Yvon Chaix affine une méthode qui tient beaucoup du montage cinématographique : il découpe en courtes séquences l'oeuvre qu'il veut transformer en spectacle, élimine le superflu et ordonne le tout sur scène. (...) C'est par touches impressionnistes qu'il nous invite dans l'univers de Maupassant. Ses personnages d'ailleurs pourraient sortir d'un tableau de Manet : un accordéoniste en maillot rayé bleu et blanc de canotier, cinq filles dont les robes et chapeaux sont autant de taches de lumière. Mais leurs danses évoquent plutôt les affiches de Toulouse-Lautrec et accompagnées par l'accordéon, elles rythment d'opérettes d'Offenbach ou de chansons de Bérenger un spectacle qui prend des allures de cabaret (...).
Anne Catherine Doumont - La Libre Belgique, le 20 janvier 1994
La Maison Tellier : sensuel
"(...) Les artistes de la compagnie Yvon Chaix sont autant acteurs que chanteurs voire danseurs; et c'est en partie ce talent pluridisciplinaire de chaque comédien qui assure le succès de la pièce. (...) Superbe tableau de la France des années 1880, cette promenade au milieu des femmes de petite vertu est tout empreinte de sensibilité et de nuance; un spectacle émouvant, drôle, léger et pourtant lourd de sens". Le dauphiné libéré / 19 juillet 1993
Le plaisir de La Maison Tellier
"(...) Pleine d'allégresse, de rires et d'émotions, la ballade des prostituées de la maison Tellier dans un village de la campagne normande vaut le déplacement. La maison Tellier va à l'encontre des traditions bourgeoises de la fin du 19ème. Les acteurs qui chantent les refrains canailles de l'époque et dansent sur des airs de French Cancan en rajoutent dans le côté égrillard, sans jamais tomber dans le vulgaire. On pense alors à Toulouse-Lautrec. (...). Le talent d'Yvon Chaix est d'avoir permis à partir de ce conte, par une mise en scène habile et pleine d'astuces, un foisonnement de vie à l'intérieur d'un petit espace scénique assez dépouillé. Le rythme est endiablé et le rire vient rapidement sur les lèvres (...)".Marc Leras /Le Provençal /25 /07/ 1993
La Maison Tellier au couvent
(...) De cette nouvelle concise, de cette chronique campagnarde triste et gaie, Yvon Chaix a choisi de faire exploser la face gaillarde, ébouriffée et frénétique. Entrecoupée de moments de narration où la fidélité au texte de Maupassant reste entière, la parade joyeuse verse dans l'opérette fin de siècle et le cancan, aux nets accents d'Offenbach et consort (...)
Le dauphiné libéré - le 29 juin 1993



