
de Xavier Durringer (éditions théâtrales)
mise en scène d' Yvon Chaix
avec Emmanuèle Amiell et Elena Pastore

Une petite forme pour deux comédiennes
Deux femmes.
L'une comme celle que l'autre ne pourra jamais être, ou comme l'image matérialisée de son propre cauchemar.
Miroirs grossissants, miroirs déformants, comme autant de projections de mots d'amour, de colère, de désespoir.
Entre la banalité et la convulsion. Des larmes au rire.
Deux femmes en suspens, en attente, dans leur propre no man's land.
Elles se répondent sans jamais dialoguer, se disant parfois « ...mais putain, je la connais celle-là... », sans s'appesantir de peur de se reconnaître, révélée.
Deux actrices pour deux femmes.
N'importe où, n'importe quand, enfin presque...
Quelque part en elles, à un moment où la parole devient nécessaire.
Encore cette parole pourra-t-elle être celle qu'on n'entend pas.
Quelques chansons pour faire valser les mots autrement.
Le spectacle pourra se dérouler dans un théâtre, dans un bar, dans un appartement, dans le coin d'un hall public...
Chaque représentation sera autre, nouvelle, réinventée.
Resteront les mots de Xavier Durringer, adressés à ceux qui seront là avec ces deux femmes en manque d'une véritable écoute, d'amour.
Yvon Chaix, avril 2003
Histoires d'hommes
Histoires d'hommes rassemble une cinquantaine de brefs monologues écrits pour des femmes. On y retrouve le style si particulier de Durringer : parole tendue, invectives, cris du corps, révolte de l'âme, poésie de l'instant, échos de la ville ou de la nature... Des éclats fulgurants de la vie de femmes amoureuses, seules, en colère.
Xavier Durringer
Né à Paris en 1963, Xavier Durringer dirige la compagnie de théâtre La Lézarde depuis 1989 pour laquelle il écrit et met en scène les spectacles. Parmi ceux-ci : Une rose sous la peau, 1988, La nuit à l'envers, 1989, 22.34, 1989 et reprise en 1996, Bal-trap, 1989-1990, Une petite entaille, 1990-1991, Une envie de tuer... sur le bout de la langue, 1991, La Quille, 1993, Quand le père du père de mon père, 1994, Polaroïd, 1995, Surfeurs, 1998 et 1999, La Promise, 2001, Chroniques 2/Quoi dire de plus du coq, avril 2002. Il a également fait la mise en scène de Oh ! pardon tu dormais de et avec Jane Birkin en 1999.
Pour le cinéma, il a écrit et réalisé La Nage indienne, 1993 et J'irais au paradis... car l'enfer c'est ici, co-scènariste avec Jean Miez, 1999 (nominé au 7 d'Or en 2001) et Les Oreilles sur le dos, co-scènariste avec Jean-Philippe Stefani, qui sera diffusé à la rentrée sur ARTE.
Xavier Durringer a créé une société de production, 7ème apache films, dont le premier long métrage télévisé Négro de Karim Akadiri Soumaïla et Didier Castello a été diffusé sur ARTE au mois de mars dernier.
Il vient d'être nommé à la présidence des Ecrivains Associés du Théâtre (EAT).

Paroles de femmes
"Deux femmes qui se racontent leurs Histoires d’hommes : Yvon Chaix met leur mots en scène ou plutôt en salle, comme au bistrot du coin. Et c’est du vrai théâtre…
On entre, on accroche sa veste au porte-manteau, on se case sur les banquettes et sur les chaises, et au milieu du brouhaha et des propos de comptoir, voilà que la première pousse la porte du bistrot et entre ses deux valises et son chat en cage. Cheveux auburn, grosses lunettes noires, manteau de fourrure. Et, tout en posant ses bagages, elle peste contre son chat, qui lui rend la vie impossible. Juste le moment que choisit l’autre pour entrer à son tour, avec une valise aussi, et un manteau de fourrure, et des lunettes noires ; Mais les cheveux blonds, coupés courts. Et elle, elle parle du type qu’elle a rencontré, un dénommé Tristan, qui lui a rendu aussi la vie impossible. C’est à dire qu’elles ont des points commun. Et surtout des choses à se raconter. Encore qu’elles se parlent plutôt à elles-mêmes. Pour dire quoi ? Un peu tout, un peu rien : leurs amours, leurs emmerdes, l’une qui aime les couloirs d’hôtel, l’autre qui se prend pour la reine de la nuit, l’une qui a un amant chinois, l’autre un yougoslave, l’une qui se plaint des journées trop longues, l’autre des journées trop courtes. La vie, comme elle va, ou plutôt comme elle ne va pas vraiment, pleine d’anicroches, de moments de déprime, d’hommes qui font trois petits tours et puis s’en vont, en promettant de téléphoner. Curieux texte, qui sent son air du temps, et qui offre des mots, comme esquisses de vie, des silhouettes à dessiner. Yvon Chaix s’en est emparé, les donnant à dire à ses deux comédiennes, qui ont pioché dedans et y ont dessiné des lignes de force, en y mettant ce qu’elles avaient envie d’y trouver : pour Emanuèle Amiell, de la vivacité, de la tension, un côté petit bout de femme qui en a déjà vu mais qui veut en voir encore : et s’il y a des tâches sur la table, elle prend la torchon et l’Ajax ammoniaqué, et elle frotte.
Elena Pastore, moins solide sur ses talons, sentant la rasade, s’affalant sur une table, se faisant des moustaches de chatte sur un toit branlant, partant carrément en vrille au milieu de ses malheurs, et montrant un beau talent comique qu’on n’attendait pas, d’autant plus irrésistible qu’il laisse voir qu’il suffirait d’un rien pour que le rire se crispe et tourne au pathétique. Bel exercice de comédie, vrai jeu de rôles, plaisir de créer de toutes pièces et de tous mots un personnage ; et Yvon Chaix qui met tout ça en scène dans la fluidité et le va-et-vient, entre Romy Schneider qui pleure sur l’écran de la télé, les tables du bistrot transformées en plateau, Elena qui s’endort sur le poste, Emmanuèle qui enlève sa perruque, et les mots qui forment des phrases, des histoires, des destins. Il y a là comme un plaisir retrouvé du théâtre, une invention sur un texte de forme indécise, ultra-contemporain, propre à tous les maniements et à toutes les projections, une façon aussi de se frotter à un espace différent, de venir parler, chanter, pleurer, rire, danser sous le nez du spectateur, à portée de main et de verre : un bistrot (et, dans mes semaines à venir, car le spectacle va tourner dans toute la région, ce sera une grange, une salle des fêtes, les salons d’un hôtel). En tout cas, au Café de France, un beau pied-de-nez envoyé au Rio d’en face et à sa façade noire, tristement muette…"
Jean Serroy / Le Dauphiné Libéré / 28 janvier 2004
Chaix, fort en sexe faible…
"Yvon Chaix aime bien chouchouter les dames. Les actrices en particulier. Cet été dans La Maison Tellier de Maupassant, il avait déjà fait souffler un vent de frivolité sous les chapiteau du conseil général de l’Isère, en offrant à une bande de cinq copines et au public un bon moment de rigolade. Cette fois, c’est avec deux comédiennes seulement (Eléna Pastore et Emmanuèle Amiell) qu’il a décidé de monter une friandise théâtrale signée Xavier Durringer. «Histoire d’hommes se présente comme une suite de cinquante-six textes, longs de trois lignes à une page et demi, qui sont exclusivement des paroles de femmes parlant des hommes», précise le metteur en scène. «Ces petits aphorismes ou bouts d’histoire brassent la difficulté de l’amour, de la relation sexuelle ou des sentiments qui embrouillent parfois les choses, dans une parole très émouvante, très vraie, qui laisse la porte à une invention assez débridée. Nous avons choisi de monter cette pièce à deux actrices, mais nous aurions pu faire tout à fait autrement car dans ce texte, rien n’est indiqué, que la parole». Un vide propice au travail d’acteur qui ravit Eléna Pastore, une nouvelle fois complice dans cette aventure : «On peut faire du théâtre avec n’importe quoi, et je n’ai pas besoin de savoir si j’incarne une femme de cinquante ans brune ou blonde pour faire mon métier. Ce que l’on défend avant tout, c’est un texte, et celui-ci, dès qu’il est arrivé au courrier, m’a beaucoup plu. Je savais qu’on ne pouvait que se régaler avec une telle matière première.»
Emmanuèle Amiell confirme «A nous maintenant d’y mettre notre énergie, notre invention, en sachant que cette pièce est faite pour être jouée dans un rapport très proche avec le public.»
Pour cela, il a d’abord fallu choisir parmi les cinquante-six pièces écrites par Durriger, puis imaginer, tant bien que mal, l’univers intimiste de la pièce : «au fil des répétitions, deux personnages, qui pourraient fort bien être les deux faces d’une même femme, se sont imposés souligne Yvon Chaix, et une petite histoire s’est posée là : celle de deux filles qui viennent de larguer ou de se faire larguer, et que l’on retrouve, au comptoir d’un bar, dans un moment de déséquilibre qu’elles vivent différemment. L’une semble en voie de déjanter totalement, l’autre paraît plutôt aller vers quelque chose de positif.»
Pour l’occasion, le metteur en scène isèrois retrouvera le Café de France : «Nous débuterons dans ce café qui m’est cher, mais ce spectacle est élastique, dans le sens où il doit pouvoir être joué aussi dans un appartement, une petite salle de spectacle ou une grange du Trièves. » Car, fidèle à son contrat de confiance avec le public, c’est une nouvelle fois dans tout le département qu’Yvon Chaix entend exporter ces Histoires d’Hommes, avant de retrouver le Théâtre de Grenoble dans Qui a peur de Virginia Woolf ?
Bruno Garcia / Les Affiches de Grenoble / 23 janvier 2004
Histoires d’hommes et... de femmes
La pièce de Xavier Durringer est une illustration de la complexité de l’identité féminine lorsqu’elle est malmenée.
« Un couple, ça freine dans les virages. Et comme les trains en retard, on essaye à deux de rattraper le temps. Seule, rattraper le juste temps, c’est plus dur ! ». En tous cas, les monologues des deux comédiennes d’ « Histoires d’hommes » nous le démontrèrent, l’autre soir, dans la salle d’éducation populaire où « Brangues, village de littérature » offrait ce lieu au théâtre. Avec une mise en scène d’Yvon Chaix sortant elle aussi de l’ordinaire. Par l’agencement de la salle en premier lieu puisque les comédiennes évoluent, par places, au milieu des spectateurs. Par l’interpellation du public aussi qui ne peut que rester muet face aux éclats colériques de ces femmes amoureuses. Amoureuses certes mais qui semblent s’être libérées des hommes, par toutes formes de rupture, et qui se présentent à nous comme des exploratrices des temps modernes ne connaissant pas leur prochain voyage. A la recherche d’un homme nouveau, de gestes nouveaux, de mots nouveaux... La femme se composerait-elle aujourd’hui de plusieurs femmes en elle pour vivre avec un seul homme ? Possible ! Ce qui en ressort de cette pièce, c’est que le mythe de la « wonder woman » des années 80, capable de conjuguer bureau, disponibilité pour ces proches et physique de top model, en prend un coup quand elle évolue en solo, sans homme pour l’aimer ! Elles n’assument plus ! Emmanuèle Amiell et Elena Pastore, deux actrices superbes dans leur rôle, surent nous faire comprendre, par leurs mots et leurs maux, combien un manque véritable d’écoute est synonyme de mal d’amour. Le bonheur de l’homme est : je veux ; le bonheur de la femme est : il veut. Nietzsche a caricaturé cette dualité humaine dans « Ainsi parlait Zarathoustra ». Xavier Durringer avec « Histoires d’hommes », dans un style particulier, nous rappelle cette possible égalité dans la différence biologique. Cette différence de sexes est-elle enjeu de pouvoir où il y aurait forcement un perdant ? Et est-ce toujours la femme ? « Tout n’est pas rose pour les filles, j’ai tout essayé, j’y est cru ». Voilà le cri du corps qui l’emportait l’autre soir. Avec la recherche de circonstances atténuantes. « Lorsque vous rencontrez un mec qui vendrait des esquimaux aux esquimaux, vous fondez... ». Et dans ces souvenirs qui s’installent, et les regrets aussi, la déprime, la boulimie, la boisson, prennent vite le dessus lorsque la vie amoureuse est un peu comme un parachute qui vrille en torche et qu’on tombe de haut. Ces femmes, l’autre soir, ont-elle posé une revendication extrémiste ou une simple illustration d’être une femme privée d’amour à cause d’une espèce masculine non disposée à quelques sacrifices ? Chacun se positionnera à son gré sur la palette humaine infinie. « Histoires d’hommes » nous aura permis assurément de constater combien le talent d’Emmanuèle Amiell et d’Elena Pastore était grand et pas seulement dans la comédie mais la danse et le chant aussi. Cette soirée fortement suivie a ravi l’auditoire et conforté l’association « Brangues, village de littérature » dans la volonté de s’ouvrir aux autres cultures que celle simplement littéraire. Avec la compagnie Yvon Chaix, l’association présidée par Yves Lanoë a fait, comme toujours, le bon choix !
Le Dauphiné Libéré / 22 juin 2004