Faut reconnaître, c'est du Audiard !
(titre provisoire)
d’après Michel Audiard
un projet d’écriture et de mise en scène d’Yvon Chaix


«Ainsi pendant plus de vingt ans, a-t-on assassiné Audiard qui fut pourtant en maintes occasions un dialoguiste rudement inventif, doué d’un vrai lyrisme populaire, d’une cocasserie vertigineuse et d’une poétique vraie… » Bertrand TAVERNIER
« Vous savez, j’aurais aimé tourner «Citizen Kane» et écrire «Voyage au bout de la nuit». Je ne suis pas compliqué » Michel AUDIARD
L’écriture et ses sources
1960
Un quartier populaire.
Un immeuble voisin de la gare.
Au bas de l’allée, un bistrot lieu de rencontres et de règlements de compte. Un lieu interlope.
On y tapait le carton à longueur de journées avant de poursuivre d’autres affaires dans un coin sombre de la ruelle adjacente.
Le dimanche après-midi, c’était «cinéma» en famille.
Une grande salle aux balcons imposants et des ouvreuses au panier garni de bonbons, caramels, esquimaux, chocolats…
Là, la réalité était en noir et blanc et les personnages habillés de dialogues plus riches que ceux que je surprenais au bas de notre escalier…
Georges Lautner, Henri Verneuil, Denys de la Patellière et bien d’autres me faisaient découvrir les étoiles d’un cinéma dit populaire.
J’ai grandi ainsi entre la partie de belote, le bal derrière le clos de boules, le cinéma comme voyage hebdomadaire.
Cinquante plus tard, quand je regarde ceux que j’ai côtoyés, apprivoisés comme adaptateur ou comme metteur en scène, je me dis que ces années 60 ne sont pas étrangères à ma volonté d’interroger toujours et encore textes et personnages inscrits dans cette mémoire où j’ai besoin de reconnaître, de me reconnaître.
Le projet autour des dialogues de Michel Audiard, en cours d’écriture, se veut avant tout une évocation de ces films dont chacun conserve tel ou tel extrait dans son souvenir.
J’aborde ces dialogues comme la redécouverte d’un patrimoine.
Dans la filmographie immensément riche de Michel Audiard, j’irai bien sûr vers les « dialogues cultes », mais aussi vers quelques perles rares moins souvent exposées.
Un travail sur un vocabulaire et une syntaxe, l’exploration d’une écriture restituée sans souci de reconstitution ni de modernisation.
Une réorganisation de certains dialogues effectuée simplement avec l’humilité et le respect que l’on porte à un grand classique.
Comme un album souvenir qu’on feuillette, comme une chanson qu’on fredonne, que chacun va reprendre à sa manière parce qu’elle représente un petit quelque chose dans un moment de sa vie.
Yvon Chaix (printemps 2010)
«J’ai horreur du cinéma muet, pour les raisons que vous devinez» Michel Audiard
Michel Audiard naît le 15 mai 1920, dans le XIVe arrondissement de Paris, quartier populaire à l’époque, où il est élevé par son parrain. Il y poursuit sans grand intérêt des études qui le mènent jusqu'à un certificat d’études et un CAP de soudeur.
Passionné très jeune de littérature et de cinéma, il se forge une solide culture en lisant notamment Rimbaud, Proust et Céline et découvre les dialogues de Jeanson et de Prévert. Passionné également de bicyclette, il traîne du côté du Vélodrome d'hiver où il rencontre André Pousse qu'il introduira plus tard dans le métier d’acteur.
La Seconde Guerre mondiale, à laquelle il ne participe pas, est pour lui une période de privations et la libération, le spectacle de tristes règlements de comptes.
Au lendemain de la guerre, il vivote comme livreur de journaux ce qui lui permet d’approcher le milieu du journalisme. Il entre ainsi à « L'étoile du soir » où il commence une série d'articles sur l’Asie rédigée sur les comptoirs des bistrots parisiens. La découverte de l'imposture lui valant d'être rapidement remercié, il devient alors critique pour Cinévie.
En 1949, le réalisateur André Hunebelle le fait entrer dans le monde du cinéma en lui commandant le scénario d’un film policier « Mission à Tanger », bientôt suivi de deux autres films, trois romans policiers, et des premiers succès d’adaptation de romans au cinéma (Le Passe-muraille, Les Trois Mousquetaires).
Sa notoriété s’étend et, en 1955, c’est la rencontre avec Jean Gabin à qui il propose le scénario de « Gas-oil ». Ainsi commence une collaboration de sept ans et dix-sept films, dont plusieurs grands succès (Les Grandes Familles, Les Vieux de la vieille, Le Baron de l'écluse, Un singe en hiver), et qui ne s’est que peu interrompue (Babette s'en va-t-en guerre, Un taxi pour Tobrouk).
En 1963, il écrit pour Jean-Paul Belmondo (100 000 dollars au soleil d'Henri Verneuil) et toute une équipe d’acteurs talentueux : Lino Ventura, Francis Blanche, Bernard Blier, Jean Lefebvre, etc...(Les Tontons flingueurs et Les Barbouzes de Georges Lautner).
En 1966, il entame une carrière de réalisateur (Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause !, Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages). Mais après huit films et un documentaire, dont les succès restent médiocres, il revient à sa véritable vocation.
Le 19 janvier 1975, alors qu’il travaille avec le réalisateur Philippe de Broca au scénario de L'Incorrigible, il est durement touché par la nouvelle de la mort de son fils François, tué dans un accident de voiture. Il en conservera une profonde tristesse qui donnera désormais à son œuvre une tonalité plus sombre (Garde à vue et Mortelle randonnée de Claude Miller), même s’il continue par ailleurs à participer à de gros succès populaires (Le Grand Escogriffe, Tendre Poulet, Le Guignolo, Le Professionnel, Canicule). En 1978, il publie un roman en partie autobiographique « La nuit, le jour et toutes les autres nuits », pour lequel il recevra le prix des Quatre jurys. Il obtient enfin la reconnaissance de ses pairs en remportant le César du meilleur scénario en 1982 pour « Garde à vue ».
Il meurt le 28 juillet 1985 dans sa maison de Dourdan, en Essonne.
« Audiard est devenu une marque qui recouvre toutes les autres, comme une Mobylette désigne tous les vélomoteurs, comme un Frigidaire tous les réfrigérateurs, comme la fermeture Eclair ou le Klaxon . « C’est du Audiard ! », « On dirait du Audiard ! » Alain Paucard
Le calendrier :
Création et la tournée du spectacle prévues à l’automne 2011.



