vendredi 6 juin 2008
Marie Stuart
Par Compagnie Yvon Chaix, vendredi 6 juin 2008 à 15:48 :: souvenirs_auteurs_europeens

Une variation théâtrale écrite et mise en scène par Yvon Chaix
''d'après les vies vécues ou rêvées d'Elisabeth 1ère reine d'Angleterre et de Marie Stuart, reine de France et d'Ecosse avec Elena Pastore et Sandrine Pioz''

Peu de personnages historiques font l'unanimité, c'est entendu, mais la reine d'Ecosse est assurément de ceux qui posent le plus de problèmes à l'historien.
Princesse catholique élevée à la Cour de France - elle fut ensuite l'épouse de l'éphémère François II -, elle fut amenée à occuper le trône de ses ancêtres dans un climat d'hostilité quasi général. Comment allait-elle manoeuvrer entre les calvinistes de John Knox et les lords catholiques, entre l'intrigante cousine d'Angleterre, Elisabeth, et les puissances papistes du continent avec lesquelles elle gardait des liens ?
A-t-elle été prise dans un engrenage où l'ont poussée ses ennemis ou bien a-t-elle délibérément - mais alors avec la plus insigne des maladresses - mis tout, y compris sa vertu et sa réputation, au service de la raison d'état et de son fanatisme religieux ? A-t-elle oui ou non été complice de l'assassinat de son deuxième mari, a-t-elle comploté la mort d'Elisabeth ? Meurtrière et adultère ou victime d'une machination, femme ambitieuse et avide ou tête légère et impulsive, bourreau ou martyre ? Les deux thèses ont, encore aujourd'hui, leurs partisans acharnés, et la femme s'efface souvent devant le mythe...
Sa destinée ne s'interrompt pas avec sa mort tragique. Elle se poursuit par sa carrière posthume, inspirant depuis cinq siècles historiens, romanciers, dramaturges, poètes, musiciens, peintres. «En ma fin est mon commencement», dit-elle un jour. Elle ne se doutait guère combien cette phrase était prophétique...
"Toujours les grands édifices politiques ont été construits avec les pierres de l'injustice et de la cruauté. Leurs fondations ont toujours eu le sang pour ciment". (in Marie Stuart) Stefan Zweig.
"Des femmes de la grande Histoire. Des histoire de femmes. Entre le pouvoir politique soumis au diktat des religions et la soumission aux pulsions les moins maîtrisables, le portrait contraire et contrasté de deux reines femmes. Des éclats d'amour et de haine, des désirs inavouables, la mort toujours présente qu'elle s'appelle meutre ou exécution.
Il est toujours difficile de s'arroger le droit de la vérité dans l'interprétation de l'Histoire. Le regard que l'on porte sur les événements, sur les personnages n'est jamais innocent, souvent contaminé. Pour ne pas affronter la fausse question qui tourne sans jamais s'arrêter de la lecture partisane, du mépris de l'authenticité historique, j'ai placé Marie et Elisabeth sur le fil tendu entre vérité et mensonge, réalité et fantasme. N'est-ce pas là l'équilibre sur lequel elles ont vécu leur siècle ?
Dans ce qu'elles se sont efforcées de faire entendre à la postérité, dans ce que certains ont voulu taire, j'ai puisé comme le spectateur curieux d'un tableau. Lentement absorbé par la couleur, il s'échapperait dans son aujourd'hui puis reviendrait explorer encore et encore tel ou tel détail peut-être caché qui éclairerait autrement l'oeuvre toute entière.
J'ai investi ainsi quelques instants de ces vies feuilletonesques, sanglantes. J'ai tracé quelques détails d'une fresque non représentables, sans souci de chronologie, ni bien sür d'exhaustivité. Tout simplement un parcours sensible qui fait émerger des questions aux odeurs de soufre qui nous arrivent, six siècles plus tard, encore dérangeantes.
Elisabeth 1ère d'Angleterre et Marie Stuart nous emmènent dans les brumes d'un seizième siècle sans merci où le principe de réalité l'emporte souvent sur l'idéalisme, même au prix de la mort." Yvon Chaix, hiver 2002

Soeurs de sang
"De la réalité, diriez-vous que vous êtes satisfait, assez satisfait, assez peu satisfait..." En d'autre temps, d'autres lieux, la nouvelle campagne promo du Cargo "Hors les murs" aurait pu prêter à sourire. Mais le décalage ici, sur le plateau de Rocheplane, est franchement troublant. Yvon Chaix ne se prononce pas comme on dit dans les sondages. Ne se prononce plus. Mais pose d'autres questions, d'autres réflexions, sur le pouvoir, la morale et la politique. En d'autres temps, en compagnie de Marie Stuart et d'Elisabeth 1er d'Angleterre. Dans les brumes d'un XVIe siècle sans merci dont il se plaît à explorer les zones secrètes.
Aux commencements de son projet, un texte de Stefan Zweig et "l'envie de remonter un duo, avec deux actrices fidèles", Elena Pastore et Sandrine Pioz. Lesquelles sont venues nourrir leur personnage tout au long du processus de création de cette "Variation dramatique". Dans le rôle de Marie, princesse catholique élevée à la Cour de france, mythifiée par l'Histoire, amazone et reine martyr(e). Et Elisabeth, l'intrigante cousine d'Angleterre. Deux soeurs de sang. Deux femmes en quête de pouvoir absolu, dont le metteur en scène s'est plu à imaginer l'improbable rencontre. Entre fantasme et réalité. Avec une authenticité toute personnelle..." "L'irrespect, ici, vient du questionnement, des crocs-en-jambe aux certitudes de l'Histoire", nous dit Yvon Chaix.
Entre complots et adultères, éclats d'amour et de haine, désirs inavouables et mort certaine, c'est à la mise à nu de ces deux femmes qu'il nous propose d'assister. La "bâtarde" et la "sale putain", la "syphilitique" et la "sorcière assassine"... Dans un cruel jeu de fléchettes (nous sommes en Angleterre, ne l'oublions pas !)
Pour l'heure, sur la scène du théâtre du Centre médical Rocheplane, Elisabeth 1re, reine d'Angleterre, traîne sa grande bassine de fer blanc, sa croix, sa déchirure, dans un décor très brut, oppressant. Matériau recyclé de "La Ménagerie de verre" présenté il y a deux saisons au Théâtre de Grenoble. "Il me manque encore une tête coupée", s'amuse Yvon Chaix. et quelle tête ! Celle d'Elena Pastore, remodelée à l'identique pour les besoins de l'Histoire. Le souci du détail. Et de la cruauté. Dans son prochain spectacle, Yvon Chaix pourrait bien s'intéresser au fabuleux destin de la famille Borgia. Une autre façon, sans doute, de tordre le cou à de vilaines réputations. Une nouvelle croisade.
Eric Angelica / Sortir / 6 mars
Deux soeurs ennemies confrontées aux impératifs catégoriques de la politique
À partir de sources historiques et littéraires, Yvon CHAIX a rédigé un très beau texte, qui a parfois des accents shakespeariens. Un texte malicieux montrant que l'histoire repasse parfois les plats. Formules et situations ont d'étranges interférences avec la politique d'aujourd'hui : " La morale et la politique vont chacune leur chemin " ; " On est peu de chose lorsque l'on est relégué au second rang " ou encore " La violence est ma seule sécurité ", et " Régner, c'est jouer aux échecs ". Élisabeth 1re TUDOR, reine d'Angleterre et Marie STUART, éphémère reine de France, puis reine d'Écosse, s'affrontent. Elles sont cousines, mais les intrications familiales peuvent déboucher sur des héritages jalousés. Elles s'appellent " ma très chère soeur " conformément à l'usage concernant des monarques de lignées proches. Mais tout les oppose : Élisabeth est anglicane célibataire (" Je suis une rien vierge "), symbole du devoir désincarné... ou presque. Marie est catholique, papiste, femme, mère, amante. Elle partage cependant avec sa " soeur " la passion du pouvoir. Sandrine PIOZ (Élisabeth) et Elena PASTORE (Marie) arrivent à se confondre avec leurs personnages, leur conférant une troublante féminité, mystérieuse pour la première, épanouie et sensuelle pour la seconde. La mise en scène d'Yvon CHAIX donne du mouvement et de la vérité à des dialogues qui tiennent lieu d'action. Il réussit une esthétique de plateau, à laquelle l'élégance des deux comédiennes n'est pas étrangère. La pièce se joue dans un joli théâtre (220 places). On peut y admirer un somptueux huis clos dans lequel les fleurets du duel ne sont pas toujours mouchetés.
Chrysale / Les Affiches de Grenoble / 15 mars 2002
Les Reines maudites
Le décor est brut, oppressant : des murs rugueux, d'un château fort qui sent la geôle humide et le cul de basse fosse. Entre les parois menaçantes, deux femmes se glissent, dans leurs atours. Robes superbes, dans les bruns et les noirs, qui en font comme des images, des portraits d'Histoire. L'une altière, figée, tendue ; l'autre vive, pointue, dure. Deux reines, deux fantasmes. La première est aux mains de la seconde : Marie Stuart, traînée de château en château par sa cousine Elisabeth pendant dix-huit longues années. Et décapitée pour finir, sur ordre de sa royale cousine.
Yvon Chaix, qui a lu le drame de Schiller et la biographie de Stefan Zweig, imagine leur entrevue, entre ces murs de la captivité. Marie, la reine d'Ecosse, et Elisabeth, la reine d'Angleterre, y échangent confidences et injures, questions et explications, récits historiques et projections imaginaires, et leurs mots sont acérés comme des dagues. Ils respirent le règlements de compte politique et religieux, la championne de l'église anglicane coupant la tête à la catholique championne de la papauté, l'Anglaise éliminant l'Ecossaise pour l'empêcher de nuire à son propre pouvoir. Mais ils sentent aussi le parfum plus insidieux de la jalousie entre femmes, entre cousines même, qui s'appellent soeurs avec toute la haine ironique qu'elles peuvent y mettre.
Deux oiseaux de proie : la politique, cynique, inflexible, rouée, qui va faire tomber la tête de l'autre, qui a elle-même épousé l'assassin de son second mari, et qui a trempé dans un complot visant à éliminer sa cousine. Amoins que ce ne soit celle-ci qui ait tout organisé, pour la piéger.
L'affrontement entre ces deux beaux monstres fournit la matière d'un drame gothique. La mise en scène souligne cette violence, par quelques accessoires : une bassine de fer blanc, un jeu de fléchettes sur un mannequin en forme de reine, une couronne qu'on se dispute, une tête coupée qu'on montre à bout de bras. Par moment, une musique mélancolique dit le mal de vivre, la douleur, les souvenirs et les espoirs en fuis. Il y a du cynisme dans l'air glacé, la morale et la politique suivent chacune leur voie, qui n'est pas la même.
En reines maudites, qui se livrent sans jamais se dévoiler jusqu'au bout leurs secrets profonds, Elena Pastore -sombre, hiératique, portrait en majesté d'une Marie Stuart vouée au supplice- et Sandrine Pioz -Elisabeth un rien garce, plus petite, plus vipérine aussi jusque dans la voix- font passer des sentiments sombres, des éclairs noirs et sanglants. Au finale, un miroir vient épingler celle qui reste, comme un e ombre, tandis que le cadavre de l'autre, par un effet saisissant, s'enfonce dans la nuit.
On se dit, sur ces hauteurs loin de tout, où s'élèvent des falaises abruptes, qu'Yvon Chaix a trouvé un air rare, qui donne à sa mise en scène une vraie exigence, un souffle shakespearien. On se dit aussi qu'il y a comme une hérésie à ce qu'un tel spectacle soit, par la force des choses et d'une route de montagne tout en lacets, rendu quasi inaccessible au public grenoblois. C'est bien Marie Stuart qu'on assassine !
Jean Serroy / Le Dauphiné Libéré / 15 mars 2002


